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Drohnenkrieg 5 (1)

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Jean Marsia | AGEFI Luxembourg

La guerre des drones –partie 2 (zuletzt aufgerufen am 18.12.2025, 12.55 Uhr)

Jean Marsia legt in einem Gastbeitrag zum Thema Drohenkrieg vom 19.11.2025 nach:

Mon article sur « La guerre des drones – premiers éléments de réflexion », paru dans l’AGEFI Luxembourg de novembre 2025, p. 18, n’avait pas traité des drones navals, ni terrestres, ni des systèmes anti-drones. Voici un premier complément d’information, car les drones sont dans l’air, mais aussi à terre, ainsi que sur et sous la surface de l’eau.

La guerre des drones en milieu marin

Les attaques contre les gazoducs Nord Stream et les multiples dégâts causés récemment aux les câbles et pipelines dans la Baltique ont montré à quel point nos infrastructures sous-marines sont exposées et comme il est difficile d’attribuer formellement un incident : les preuves sont rarement suffisantes, et quand elles le sont, le courage politique manque souvent pour le faire, car le droit de la mer autorise tout navire – et, par extension, tout drone assimilé à un navire – à naviguer librement dans les eaux internationales et dans la zone économique exclusive, et même à exercer un droit de passage inoffensif dans les eaux territoriales, qui vont jusqu’à 12 milles nautiques des côtes.

Un navire ou un drone de surface peut donc s’approcher très près des ports, mouillages, champs éoliens ou terminaux de gaz naturel ou de pétrole liquéfié européens, tout en restant dans un cadre juridique très difficile à contester. Un drone autonome sous-marin peut opérer sous un navire civil, franchir discrètement la limite des eaux territoriales, remplir sa mission et retourner dans les eaux internationales, compliquant fortement l’attribution du méfait.

Les drones marins capables de se poser au fond deviennent des mines marines mobiles. D’autres savent observer, poser des charges explosives ou couper des câbles. Ils multiplient les options de sabotage à faible coût et forte valeur stratégique.[1]

Le milieu marin est pluriel

Les drones marins opèrent dans quatre milieux superposés : le fond marin, la profondeur, la surface de l’eau et l’air, ce qui rend la détection, la protection et le Command & Control plus complexes. La défense contre les drones marins est donc plus complexe que contre les drones aériens. De plus, les manières de mettre à l’eau un drone de surface ou sous-marin est plus nombreuses que pour lancer un drone aérien : c’est faisable depuis un navire civil, une plate-forme offshore, un port, voire depuis un autre drone, de surface ou sous-marin. Cette facilité explique l’utilisation croissante des drones marins, notamment dans des opérations clandestines, mêlant navires civils et drones marins, qui sont menées par des États, mais aussi par des organisations criminelles, comme les narcotrafiquants.

La complexité vient aussi de ce que chaque mer, Baltique, Noire, Méditerranée, ou océan, Atlantique ou Arctique, etc. présente des caractéristiques spécifiques : salinité, température, profondeur, densité de trafic, présence ou non de glace… Un système de drones ou anti-drone optimisé pour la mer Noire peut être inopérant au large de la Norvège.

  • Sous la surface : les robots sous-marins, autonomes ou opérés à distance, peuvent approcher les câbles, pipelines, fermes éoliennes, stations de compression, capteurs acoustiques. La faible profondeur des mers Baltique et du Nord favorise leur emploi, mais la complexité de ces mers et la densité du trafic rendent la surveillance continue très coûteuse.[2] Celle-ci est principalement acoustique, mais le brouillage est aisé. Le bruit de fond dû à la navigation, aux espèces marines, aux activités industrielles complique déjà la détection d’un petit drone à faible signature. Les liaisons radio ne passent pas sous l’eau ; il faut recourir à l’acoustique, à certaines fréquences optiques à courtes distances, aux liaisons filaires, à l’intelligence artificielle ou à des missions préprogrammées. Cela favorise l’autonomie, mais complexifie le Command & Control et réduit la possibilité d’intervenir manuellement en cas d’incident ou de mauvaise identification.
  • À la surface : les drones sont rapides, souvent furtifs. La houle, l’état de mer et les réflexions radar réduisent la portée de détection de petits drones, surtout en météo dégradée. Les crêtes des vagues permettent d’échapper aux radars et aux senseurs optroniques, comme on l’a vu en mer Noire.
  • Dans les airs : soit l’on combine des drones aériens, pour la reconnaissance, la désignation d’objectifs ou la guerre électronique, avec des drones de surface ou sous-marins porteurs de charges, soit on utilise des drones multi-milieux comme le Cormorant de Naval Group, développé en Belgique en seulement deux ans, en collaboration avec la Marine belge et l’Université Libre de Bruxelles. [3]
    Le Cormorant opère dans les airs et sait plonger jusqu’à 40 mètres grâce à son ballast. Ce drone pourra servir dans les marines de guerre, les garde-côtes et les douanes, seul ou en essaim pour une meilleure efficacité. Le Cormorantpourra remplir des missions d’espionnage, de reconnaissance, de surveillance et, potentiellement, d’attaque, car il peut émerger discrètement pour attaquer des cibles de surface, en mer ou à terre, tout en conservant l’équipage du navire-mère à distance de la menace. Il peut être déployé même en état de mer 44 sur l’échelle de Beaufort, à partir d’un navire de surface ou d’un drone de surface tel le Seaquest de Naval Group ou l’Inspector 125 d’Exail. [4]

Ce continuum « du fond de la mer à l’espace » impose de coupler radars, sonars, satellites, drones aériens, navires, hélicoptères, stations côtières, comme le fait à terre la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN (ou NATO Integrated Air and Missile Defence – NATO IAMD ou NATINAMDS),[5] un réseau de capteurs, de centres de commandement et d’armes, qui protège le territoire, les forces et les populations de l’OTAN contre les menaces aériennes et balistiques, en intégrant les capacités nationales et celles de l’OTAN afin d’assurer à terme une défense collective contre les avions, les drones et les missiles.

L’extension du NATINAMDS au domaine maritime a débuté en janvier 2025 : la mission Baltic Sentry doit empêcher le sabotage des infrastructures critiques, ainsi que les incursions de drones et les violations de l’espace aérien, en renforçant les capacités de surveillance et d’action, par le déploiement de davantage de frégates, d’avions de patrouille et de drones navals.[6] L’érection d’un « drone wall » autour de l’Europe a été récemment envisagée, au sein de l’OTAN comme de la Commission européenne.

Le cadre juridique de la mise en œuvre des drones : souvent une guerre de retard

Les drones aériens dont il fut question le mois passé ont été intégrés dans un cadre juridique pensé pour les avions habités, civils et militaires : le Règlement d’exécution 2021/664 de l’Union européenne (UE) a établi les règles techniques et opérationnelles pour l’exploitation des drones dans l’espace aérien U-space. Ce système crée des zones où des services numériques automatisés assurent des vols sûrs, efficaces et coordonnés, facilitant les opérations complexes comme les vols au-delà de la vue. Ces services numériques automatisés contribuent au respect des zones géographiques de vol autorisées pour les drones ; ils indiquent le réseau radio en usage dans chaque zone, ils octroient l’autorisation de vol, ils diffusent l’informations sur le trafic, …

En mer également, la coexistence du trafic civil de drones (pour l’hydrographie, le pétrole et le gaz offshore, la recherche scientifique) et militaire (pour la lutte anti-mines, notamment) sur des routes maritimes souvent saturées crée un risque pour la sécurité de la navigation. C’est particulièrement le cas lorsque des essaims de drones évoluent près des chenaux, des ferries ou des méthaniers, en surface ou sous la mer. Il est nécessaire de les intégrer dans les systèmes de surveillance maritime, en mer ou à terre, et de garde-côtes, qui n’ont pas été conçus pour gérer une multitude de petits vecteurs semi-autonomes. C’est pourquoi l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence spécialisée des Nations Unies basée à Londres, responsable de la sécurité et de la sûreté de la navigation, ainsi que de la prévention de la pollution marine par les navires, prépare un code sur les Maritime Autonomous Surface Ships (MASS), mais ce travail est loin d’être terminé.[7]

Comme pour les drones aériens il y a dix ans, la technologie avance, le droit tente de suivre, car il faut réduire l’espace de manœuvre des acteurs hostiles sans bloquer l’innovation ni remettre en cause la liberté de navigation navale ou aérienne, fondement du commerce mondial.

Les technologies navales sont très duales

L’industrie pétrolière et gazière, l’éolien offshore, l’archéologie sous-marine, la cartographie hydrographique ont développé une panoplie de drones très avancés et ces drones ou leurs composants – propulsion, batteries, communications, capteurs, intelligence artificielle embarquée – peuvent être utilisés à des fins militaires.

Les pétroliers sous pavillon de complaisance qui sont soupçonnés d’avoir servi au lancement des drones aériens observés au-dessus d’aéroports et de sites sensibles en Europe illustrent parfaitement la dualité : ils sont civils en apparence et paramilitaires dans l’usage. Ces pétroliers, ou des navires de recherche, comme le Yantar,[8] peuvent embarquer, mettre à l’eau, récupérer ou piloter des drones marins, de surface et sous-marins, sans guère laisser de traces.

Les drones, un atout pour nos « petites marines »

Les petites marines européennes sont dépourvues de grands bâtiments de surface, faute de ressources humaines et de moyens financiers suffisants, mais elles peuvent s’inspirer de l’Ukraine, de Taïwan et de l’Australie, qui ont conçu des drones marins ou sous-marins capables de dissuader ou de contenir un adversaire disposant d’une marine classique bien plus puissante, en saturant ses défenses et en rendant risquée chaque sortie de port.

Le programme belgo-néerlandais de lutte contre les mines a permis de financer et d’exploiter des bâtiments mères comme le M940 Oostende, qui vient d’être livré à la Marine belge. Ceux-ci mettent en œuvre divers drones, aériens, de surface et sous-marins. Le navire habité est devenu un poste de commandement, une base logistique et un atelier de maintenance d’une flottille de systèmes autonomes.

Les drones ne sont pas seulement une menace ; ils offrent aussi des opportunités considérables aux Européens – à condition d’investir, de mutualiser et de maîtriser les dépendances industrielles. Les chaînes de valeur pour les drones marins déjà très présentes en Europe : construction navale, robotique sous-marine, électronique, intelligence artificielle, cybersécurité. Pourtant, l’expérience laborieuse de programmes européens comme l’EDIRPA (renforcement par l’acquisition conjointe, doté de 310 millions d’euros pour des achats urgents) et l’EDIP (Programme pour l’industrie européenne de la défense, doté de 1,5 milliard d’euros pour la période 2025-2027) mais qui ne sera mis en œuvre qu’en 2026, montre à quel point il est difficile d’élaborer une politique industrielle européenne de défense, de mutualiser les achats et d’éviter les dépendances pour les technologies clés (composants électroniques, logiciels, capteurs, stockage de données, etc.).

Si les Européens veulent que nos futurs essaims de drones soient réellement souverains – et pas simplement des plateformes européennes dépendant de logiciels, de capteurs ou de services extra-européens – il faudra un financement réellement commun ; sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques (puces électroniques, batteries, composants optiques et acoustiques) ; imposer des exigences strictes en matière de cybersécurité, de contrôle du logiciel et de maîtrise des données.

En résumé, les drones marins posent à l’Europe deux défis : sécuritaire, car nos approches maritimes, nos câbles, pipelines, terminaux, ports et champs éoliens sont insuffisamment protégés face à des acteurs capables d’employer des essaims de drones marins dans une logique de guerre hybride ; doctrinal et capacitaire, comme pour les drones aériens, car nos marines doivent encore s’adapter à un environnement devenu « transparent, létal et fugace » et désormais étendu du ciel au fond de la mer.

Il faut espérer que nos marines seront aidées, d’une part par le développement du Système intégré de défense aérienne et antimissile par l’OTAN (le NATINAMDS) élargi aux drones, non seulement dans le domaine aérien mais aussi à la mer et aux fonds marins, avec des capacités suffisantes de lutte contre les drones marins, et d’autre part par la structuration d’une base industrielle européenne des drones marins, civile et militaire, capable de produire suffisamment et d’innover rapidement.


[1] Voir Jean-Philippe Liabot, « Pétrolier russe intercepté au large de la Bretagne : deux membres de l’équipage en garde à vue » in Euronews,https://fr.euronews.com/2025/10/01/france-un-navire-de-la-flotte-fantome-russe-stationne-au-large-de-saint-nazaire, 1/10/2025 ; Julian Borger, « Nord Stream attacks highlight vulnerability of undersea pipelines in west » in The Guardian https://www.theguardian.com/business/2022/sep/29/nord-stream-attacks-highlight-vulnerability-undersea-pipelines-west, 29/9/2025.

[2] Voir Lesia Ogryzka, Alberto Rizzi, “Shallow seas and “shadow fleets”: Europe’s undersea infrastructure is dangerously vulnerable” in European Council on Foreign Relationshttps://ecfr.eu/article/shallow-seas-and-shadow-fleets-europes-undersea-infrastructure-is-dangerously-vulnerable/, 8/4/2025.

[3] Voir sn, « Belgium: from R&D to product in short cycles! » in Naval Grouphttps://www.naval-group.com/en/belgium-rd-product-short-cycles, 25/6/2025.

[4] Voir Vincent Groizeleau, « Naval Group : gros plan sur le Seaquest-S, le nouveau drone de surface développé par Sirehna » in Mer et Marinehttps://www.meretmarine.com/fr/defense/naval-group-gros-plan-sur-le-seaquest-s-le-nouveau-drone-de-surface-developpe-par-sirehna, 3/10/2024.

[5] https://www.nato.int/en/what-we-do/deterrence-and-defence/nato-integrated-air-and-missile-defence,

[6] Voir Richard Milne, « NATO to build up defence against Baltic Sea sabotage » in Financial Timeshttps://www.ft.com/content/3447d821-ea41-4c85-b403-e7cc7cc49b4c14/1/2025.

[7] Voir sn, « Transport maritime autonome » in Organisation maritime internationalehttps://www.imo.org/en/mediacentre/hottopics/pages/autonomous-shipping.aspx, sd.

[8] Voir AFP, Reuters, « «Des options militaires sont prévues» : Londres met en garde Moscou après avoir détecté un navire militaire au large de l’Ecosse » in Libérationhttps://www.liberation.fr/international/europe/des-options-militaires-sont-prevues-londres-met-en-garde-moscou-apres-avoir-detecte-un-navire-militaire-au-large-de-lecosse-20251119_NADV224HZVBSNOCJ5KPI3OESPE/, 11/2/2025.


Meines Erachtens ist es noch viel zu früh, um Schlussfolgerungen ziehen zu können. Unbestritten ist, dass die Drohnen wie vorgesehen und geplant das Gefechtsfeld auch auf taktischer Ebene ergänzen.

Ob sie dabei aber zu einer alles entscheidenden Waffe, oder gar eine neue Waffengattung bilden werden, bleibt abzuwarten.


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Jean Marsia | AGEFI Luxembourg

La guerre des drones – premiers éléments de réflexion (zuletzt aufgerufen am 19.11.2025, 11.53 Uhr)

Jean Marsia schreibt in einem Gastbeitrag das Folgende:

Les drones rendent de plus en plus de services éminents, mais ils peuvent aussi être utilisés de façon malveillante, par des particuliers, des organisations criminelles ou terroristes, ou des États agressifs, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Une protection contre l’usage nuisible des drones est donc nécessaire, les multiples perturbations du trafic aériens ces dernières semaines en Europe l’ont montré.

Alors que la plupart des observateurs estiment que les drones intrus sont opérés pour le compte de la Russie, en représailles au soutien que les États européens accordent à l’Ukraine, force est de reconnaître que ni les opérateurs, ni l’origine des drones n’ont pu être formellement identifiés. Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes pas en guerre, mais plus en paix avec la Russie, depuis que Poutine a déclaré la guerre à l’Occident, à Munich, en 2007, lors de la conférence sur la sécurité. Malgré l’invasion de la Géorgie en 2008, puis de la Crimée et d’une partie du Donbass en 2014, beaucoup de politiques et de diplomates, et même une bonne partie des militaires européens n’ont malheureusement commencé à s’en rendre compte que le 24 février 2022. Le 2 octobre 2025, Poutine a encore réitéré ses menaces à notre égard, mais nos dirigeants n’ont pas mieux réagi que précédemment.[1]

Depuis 2022, les mesures prises en Europe, tant pour améliorer les capacités de défense que pour stimuler la production d’armes et de munitions, ont été fort tardives et très insuffisantes, alors que la Russie et l’Ukraine sont passées sans délai à l’économie de guerre, ce qui est peu envisageable pour les non-belligérants. La Russie et l’Ukraine ont donc su contribuer à chambouler la façon dont les batailles sont conduites. Si Daech a militarisé des drones aériens commerciaux en Irak dès 2010, c’est en septembre 2023 qu’a eu lieu le changement de paradigme, lors de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie : plus de 2.000 blindés arméniens ont été détruits, en grande partie par les drones volants acquis par les Azéris en Turquie ou en Israël.

Compte tenu de la complexité de la matière, cet article portera sur les drones aériens. Les drones navals et terrestres ne seront pas abordés ici, ni les systèmes anti-drones.

Les leçons de la guerre russo-ukrainienne

Dès 2022, les Ukrainiens ont mis en œuvre des drones turcs pour détruire les blindés russes, mais l’adversaire a rapidement réussi à brouiller leur système de guidage. Les Occidentaux ne leur ayant livré des missiles de croisière que parcimonieusement, les Ukrainiens ont donc exploité leurs vastes ressources industrielles pour produire leurs propres drones.

La 414e brigade représente 2 % des forces terrestres ukrainiennes, mais en 2025, elle aurait détruit 30 % des infrastructures et a éliminé 25 % des troupes russes. Elle est composée à 95 % de civils, aux formations les plus diverses. Ils conçoivent et mettent en œuvre des drones de reconnaissance, d’attaque, anti-drones ou transporteurs. Les drones se substituent à des ressources humaines de plus en plus rares et coûteuses, en Ukraine mais aussi en Occident.[2]

Les Russes ont rapidement tiré les leçons de leur échec de 2022. Ils n’attaquent plus avec des colonnes de chars mais avec des essaims de drones, car un char dont le prix va de quelques millions à quelques dizaines de millions $ peut être détruit par un drone volant coûtant 300 ou 400 $. Les avions de combat et les navires de guerre, encore bien plus coûteux, sont tout aussi vulnérables. Les Russes ont donc aussi investi massivement dans les drones, qu’ils ont importé de Chine et d’Iran, puis produit localement. Selon les modèles, les Shahed iraniens ont une portée qui va de 200 à 2.500 km. Aujourd’hui, la Russie devance l’Ukraine : elle peut déployer jusqu’à 5.000 drones kamikazes sur un seul secteur du front. Aucune armée de l’OTAN ne semble aujourd’hui en mesure de se défendre face à une telle attaque massive de drones, susceptible de saturer les défenses anti-aériennes et de dévaster une base occidentale, un aéroport ou un site pétrochimique en quinze minutes. Nos « responsables » politiques devraient réaliser que 85% des morts dans la guerre Russie-Ukraine sont actuellement dus aux drones, selon l’état-major Ukrainien.

La stratégie et la tactique à l’heure des drones

Si les principes de base de l’art de la guerre sur terre et sur mer sont inchangés depuis Sun Tzu et Thucydide, les révolutions technologiques ont considérablement fait évoluer les procédés tactiques au fil du temps.

L’influence des drones sur les opérations est comparable à celle qu’ont eu l’utilisation du chemin de fer et l’industrialisation de la production d’armement au cours de la guerre de Sécession, l’emploi des mitrailleuses, des chars de combat, de l’aviation et des sous-marins pendant la Première Guerre mondiale, les masses de chars appuyés par l’aviation et le charroi automobile au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les hélicoptères de combat ou de transport au cours de la guerre du Vietnam. Depuis la Guerre froide, la conquête spatiale a révolutionné les transmissions et le recueil du renseignement. Les analystes travaillent aujourd’hui en temps réel et les décisions peuvent être prises sans délai.

Les procédés tactiques restent l’offensive et la défensive, la dispersion et la concentration, la centralisation et la décentralisation, l’augmentation de la profondeur du dispositif de défense ou le déploiement vers l’avant en vue de l’offensive, mais les drones réduisent la possibilité de manœuvrer, à cause du risque d’attrition : les senseurs des satellites ou des drones rendent le terrain « transparent ». Les mouvements peuvent être observés et les unités peuvent être frappées avec des tirs de précision. On se souvient des deux brigades ukrainiennes annihilées par l’artillerie russe en 2014 et des longues colonnes de véhicules russes détruites par de petites unités ukrainiennes fort mobiles et dotées d’armes antichars modernes au début de 2022.

Le conflit en Ukraine se caractérise par des cycles d’innovation très rapides : il y a une évolution majeure tous les 3 mois. L’Ukraine dispose de très nombreuses petites lignes de production fort dispersées pour augmenter leur survivabilité. Elles bénéficient d’un fort retour d’expérience du front, ce qui leur permet un très grand dynamisme. Les Russes savent s’adapter, grâce à leur puissance industrielle à leur capacité de production élevée, mais moins vite que les Ukrainiens. Il est essentiel pour les armées occidentales de suivre ce conflit en permanence et d’en tirer des enseignements, car l’usage massif des drones permet de saturer les défenses adverses : ils peuvent être acquis ou construits en grandes quantités pour un faible coût, et l’intelligence artificielle réduit le nombre d’opérateurs nécessaire.

L’offensive ukrainienne dans l’oblast russe de Koursk, en août 2024, ne fut pas menée par une concentration de brigades, mais par un ensemble de petites unités très mobiles. Des équipes des forces spéciales se sont infiltrées dans les lignes ennemies afin de repérer les points faibles de la défense. Ensuite, des unités d’infanterie légère ont sondé les positions russes, avant que l’artillerie ne les neutralise. Le génie a pu alors créer des passages dans les obstacles, qui ont permis à de petites unités motorisées, soutenues par des systèmes de guerre électromagnétique et des drones de pénétrer profondément dans les lignes ennemies et d’isoler les troupes russes, qui ont été ensuite réduites par des formations blindées.

Afin d’éviter la détection et la reconnaissance par des drones, les deux parties utilisent le camouflage et s’enterrent dans des tranchées afin de ne pas être vues. Les filets de camouflage masquent les positions ou les véhicules. Des leurres sont utilisés pour que les drones manquent leurs cibles.[3] Des cages métalliques protègent des véhicules, des filets de pêche constituent des tunnels anti-drones au-dessus des routes d’approvisionnement.

Les états-majors européens vont devoir s’adapter et revoir leur mode de pensée, leurs concepts, leurs doctrines et leurs tactiques, sinon la défaite sera assurée. La capacité à évoluer est plus que jamais essentielle, car le champ de bataille se caractérise aujourd’hui par un degré fort élevé de transparence, de létalité et de fugacité : sur le front ukrainien, les logiciels des drones sont obsolètes après un mois et demi, les drones au bout d’un an.

Le drone est une arme nouvelle, qu’il faut utiliser massivement, et contre laquelle il faut pouvoir se défendre car elle est très létale. Elle a toutefois ses limites : elle ne permet pas encore d’occuper un territoire, ni de gagner significativement du terrain, on le voit en Ukraine. Les véhicules blindés ne sont pas obsolètes s’ils sont adaptés à la nouvelle forme de guerre, car ils conservent notamment leur mobilité et leur puissance de feu.

Les caractéristiques des drones aériens actuels

On le sait depuis l’Afghanistan et l’Irak, les drones aériens, à l’époque des Reaper étatsuniens, offrent des possibilités sans précédent en matière de reconnaissance, de surveillance, d’acquisition de cibles, de transport et d’attaque au sol. Ils sont devenus des moyens de lutte contre les drones adverses. Ils augmentent l’occurence de détection précoce des menaces, facilitent la reconnaissance, l’identification et l’acquisition de l’ennemi. Ils augmentent la probabilité de tirer en premier, d’atteindre la cible, de détruire celle-ci et enfin de reprendre rapidement le combat. En Ukraine, ils sont utilisés massivement vu leur coût réduit. Leur simplicité permet de les mettre en oeuvre à tous les niveaux du champ de bataille grâce aux progrès technologiques, notamment dans le domaine des senseurs, du traitement par le drone des données recueillies et de la mise en œuvre de l’intelligence artificielle.

C’est particulièrement le cas des drones dit « vue à la première personne » ou first person view (FPV), qui donnent à l’opérateur quasi la même connaissance de la situation que s’il était à bord de l’appareil, grâce à une caméra embarquée. Ils sont omniprésents en Ukraine, dans les deux camps. Certains drones pèsent moins d’un kilogramme mais sont très rapides et manœuvrables, ce qui leur permet d’atteindre des cibles statiques ou mobiles avec précision. Ils embarquent une charge utile d’un à quatre kilogrammes, qui suffit pour attaquer des véhicules blindés ou du personnel débarqué, ou pour intercepter d’autres drones. Leur portée varie d’une dizaine de kilomètres jusqu’à plus de vingt kilomètres. En 2025, 2 à 3 petits drones suffisent pour détruire un véhicule blindé, qui est généralement mieux protégé qu’en 2022. D’autres drones sont des copies des V1 nazis armées d’une bombe d’une tonne, ou bien ce sont d’anciens avions de transport, ou encore ce sont des missiles de croisières, dont la portée varie de 200 à 3.000 kilomètres. L’Ukraine a réussi à développer en deux ans avec l’aide de la Grande-Bretagne et des Émirats arabes unis le missile de croisière FP-5 Flamingo 2, qui emporte à 3.000 km une charge de 1.150 kg. Celle-ci explose à une quinzaine de mètres de l’objectif visé.[4]

L’Ukraine et la Russie importent ou produisent des milliers de drones chaque année. Le coût d’un petit drone aérien ukrainien varie de 200 $ à 500 $, ce qui le rend très compétitifs par rapport au coût d’un obus d’artillerie de 155 mm, ou d’une bombe d’avion, ou d’un missile air-sol.

La guerre électromagnétique et les drones

Les systèmes de communication satellitaires facilitent la coordination entre les unités et assurent une transmission rapide et sécurisée des ordres et des informations, notamment depuis et vers les drones. Le soutien de la constellation Starlink à l’Ukraine est particulièrement vital, c’est encore plus évident lorsque le signal est coupé, car les Européens semblent incapables de suppléer. En matière de guerre électronique, les Ukrainiens semblent être à la pointe du progrès.

Dans le but d’empêcher l’identification et l’acquisition par l’ennemi, les Russes et les Ukrainiens utilisent principalement des systèmes de brouillage des ondes radio, pour couper la communication entre le drone et son opérateur, ou des signaux GNSS, pour perturber sa navigation.[5] Il est toutefois malaisé de brouiller efficacement de larges zones et toutes les fréquences radio. Les fréquences généralement utilisées par les drones sont les plus brouillées, mais certains drones utilisent des fréquences inhabituelles, ou des techniques avancées qui résistent au brouillage comme les antennes électroniques adaptatives, le saut de fréquence etc. La navigation inertielle, combinée éventuellement aux capteurs optiques est une alternative à la navigation classique GNSS. Les Russes commandent certains de leurs drones par fibre optique, dont les plus longues mesurent jusqu’à 20 km. Elles maintiennent un lien physique avec l’opérateur, ce qui garantit une communication parfaite mais limite la manœuvrabilité́ et fait courir le risque que l’adversaire coupe ou suive la fibre jusqu’à l’opérateur, pour l’éliminer.

La prévalence du facteur humain

Malgré la Revolution in Military Affairs des années 1980, qui a trop mis l’accent sur la technologie, les facteurs humains, soit le leadership, la supériorité numérique, la stratégie, la doctrine, les tactiques, restent selon Stephen Biddle[6] décisifs dans le succès des armes. Il reste possible de se protéger contre les senseurs qui rendent le champ de bataille beaucoup plus transparent et contre l’énorme puissance destructrice et la létalité des systèmes d’armes actuels. Ceux-ci ont augmenté la portée, la puissance de feu et de la précision des armes ; apporté une mobilité accrue sur de plus longues distances ; renforcé les capacités d’observation, de surveillance, de communication et de traitement de l’information. Ils rendent toute action en première ligne hautement risquée.

Pour mieux se protéger, les défenseurs peuvent améliorer la profondeur du dispositif de défense, le déploiement des unités de réserve, la vitesse des opérations, y compris la planification, le commandement, la reconnaissance, les répétitions de la manœuvre et la préparation des tirs, ainsi que la différence en matière de développement technologique, si le conflit est asymétrique.

Le commandement doit tenir compte de ce que la présence constante des drones génère une anxiété permanente chez les soldats et dans la population. Les pilotes de drones FPV sont eux aussi davantage susceptibles de subir un stress post-traumatique, qui nécessite un appui psychologique, car ils sont mentalement au cœur du combat, alors qu’ils en sont physiquement éloignés.[7]

La menace russe grandit depuis vingt ans, il est urgent d’agir

Selon les Ukrainiens,[8] les Européens devraient développer leur aptitude à la guerre des drones, leurs communications par satellites et leurs capacités de guerre électronique. Celle-ci comporte la détection et l’interception des signaux, le brouillage et les contre-mesures, ainsi que la numérisation du champ de bataille, qui consiste à recueillir les données venant de l’espace ou des capteurs, et à les agréger grâce à des systèmes automatisés de traitement de l’image, pour appréhender la situation et permettre un ciblage très précis et rapide. Les Baltes et les Finlandais sont les premiers à avoir tenu compte de ce conseil.

Les services de renseignements occidentaux prévoient depuis quelques mois une attaque russe dans un délai de deux à cinq ans contre un État membre de l’OTAN, mais certains Ukrainiens estiment que les Russes pourraient effectuer à plus court terme une attaque massive de drones Shahed, qui ont une portée qui va de 200 à 2.500 km, sur les pays Baltes. Les moyens de défense occidentaux sont trop peu nombreux et trop coûteux. Les Russes pourraient vouloir profiter de leur avantage technologique face à un Occident qui n’est pas préparé à la guerre des drones.

En annonçant vouloir se préparer à un choc militaire avec la Russie d’ici 3 ou 4 ans, le général Mandon, nouveau chef d’état-major des armées françaises, envisage un horizon souhaitable, car il sait qu’elles ne sont pas prêtes au combat, plutôt que probable, car il me semble douteux que Poutine attende d’avoir 77 ans pour agir. Il constate comme nous que ni l’Union européenne (UE), ni l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’ont pu mettre fin à la guerre hybride[9] que Poutine fait à l’Occident depuis l’invasion de la Géorgie en 2008. Elle fut la première étape vers la confrontation de haute intensité. Si la dissuasion nucléaire de l’OTAN reste valable, ni l’UE, ni l’OTAN ne sont capables de dissuader Poutine de continuer ses agressions de basse intensité en Europe. Bien que leur origine soit difficilement identifiable, beaucoup d’observateurs lui imputent les survols de drones dans notre espace aérien, au-dessus de sites qui devraient être hautement sécurisés, comme des centrales nucléaires ou des usines chimiques, qui survolent des installations militaires ou qui perturbent le trafic aérien en Europe.

Les gouvernants européens devraient enfin ouvrir les yeux : la situation est grave, augmenter notre sécurité est urgent. Une guerre fait rage en Ukraine, qui produit une menace réelle pour l’Europe. Les administrateurs de la S€D estiment qu’ils manqueraient à leur devoir s’ils ne faisaient pas tout leur possible pour tirer les leçons de cette guerre afin d’améliorer notre défense, dans l’espoir de dissuader une agression.

L’union fait la force, il serait temps de s’en souvenir !

Plusieurs pays envisagent, en ordre dispersé, l’achat de différents systèmes de lutte contre les drones. Le gouvernement belge envisage un investissement de 50 millions €, pour mieux détecter, identifier et neutraliser les drones qui s’aventurent dans des espaces interdits, comme les aéroports. Il pense étoffer le personnel du National Airspace Security Center (NASC), afin de le rendre opérationnel dès le 1er janvier 2026. Le NASC est une extension du Control & Reporting Centre (CRC) de la Défense qui contrôle l’espace aérien depuis la base de Beauvechain. Il met en commun les ressources des départements ministériels de l’Intérieur, de la Défense et de la Mobilité.

Comme la portée de certains drones excède très largement les dimensions du territoire belge, c’est au niveau européen que l’espace aérien devrait être sécurisé. Demander, comme l’a fait le ministre belge de la défense, le soutien du secrétaire général de l’OTAN et des alliés à cause du survol des drones ne suffit pas. L’accord Benelux Air Policing de 2017, qui couvre les interceptions d’aéronefs habités suspects ou non identifiés, devrait être étendu pour faire face aux menaces que représentent les missiles et les drones, qu’ils soient utilisés seuls ou en masse. L’accord est intégré à la défense aérienne et antimissile de l’OTAN, le Benelux n’a donc pas de capacité souveraine et ne dispose que d’une tournante de deux avions de chasse, belges ou néerlandais, en mission de réaction rapide – Quick Reaction Alert (QRA), ce qui est insuffisant pour faire face à une intrusion massive de drones ou d’avions.

Comme l’emploi de la force létale relève toujours du pays survolé, un avion néerlandais opérant au-dessus de la Belgique doit obtenir une autorisation de tir du gouvernement belge, ce qui rend le délai de réaction excessif. Les règles d’engagement ont été écrites pour faire face aux cas de détournement et d’interception d’un avion de transport civil en perte de communication ou en infraction. Elles ne sont pas adaptées à l’interception d’avions de combat ou de drones, mêmes clairement hostiles. Comme les drones de petite taille ont une faible signature radar, ils sont difficilement détectables par des avions de chasse comme les F-16 ou F-35, et encore moins atteignables par leur armement : leur vitesse étant trop grande par rapport à celle des drones. Tirer au canon de bord pose la question de savoir où vont atterrir les obus. Employer un missile air-air qui coûte 1,2 million $ pour abattre un drone à 2.000 $ est peu raisonnable. La nature de la guerre a fondamentalement et durablement été transformée par les drones, la défense de l’Europe doit s’envisager autrement qu’aujourd’hui.


[1] Marie Jégo, Benjamin Quénelle, « Vladimir Poutine menace l’Europe d’une « réponse très convaincante » si elle persiste à s’armer et à aider Kiev » in Le Mondehttps://www.lemonde.fr/international/article/2025/10/03/vladimir-poutine-menace-l-europe-d-une-reponse-tres-convaincante-si-elle-persiste-a-s-armer-et-a-aider-kiev_6644152_3210.html, 3/10/2025.

[2] Cette rareté est généralisée en Occident. Aux États-Unis d’Amérique, on estime que seulement 15 % d’une classe d’âge est mobilisable, les autres jeunes n’ont pas la condition physique et mentale requise, à cause notamment de l’usage des drogues ou du surpoids.

[3] Voir Ukrainian Government, How to protect yourself from enemy drones – Infantry advice, https://cove.army.gov.au/sites/default/files/2024-03/20231005-UAF_TTP_How_ To_ Protect_Yourself_From_Enemy_Drones-OS_0.pdf, 5/10/2023.

[4] Olivier Dujardin, “FP-5 Flamingo-2 : quand l’Ukraine vise la profondeur stratégique” in Meta-défense.fr, https://meta-defense.fr/2025/09/29/fp-5-flamingo-2-missile-ukraine/, 29/9/2025.

[5] Le Global Navigation Satellite System (Système mondial de navigation par satellite englobe le GPS américain, le Galileo européen, le GLONASS russe et le BeiDou chinois.

[6] Voir Carel Sellmeijer, “De theorie van Biddle en de oorlog in Oekraïne,”in  Militaire Spectator, n° 9 2024, p. 508-511; Stephen BiddleMilitary Power. Explaining Victory and Defeat in Modern Battle, Princeton, Princeton University Press, 2004.

[7] Voir NATO Non-Lethal Technology Exercise 2022 C-UAV, https://beldefnews.mil.be/la-belgique- nation-porte-drapeau-du-nato-non-lethal-technology-exercise-nntex-en-sardaigne/?lang=fr) ;  Alexandre Papy, « Comparative analysis of lethal / low-collateral damage effectors against LSS UAS, » exposé présenté lors du working group C-UAS, Bruxelles, 26/9/2022, archives Jean Marsia.

[8] Voir Laure Mandeville, “Les Ukrainiens, instruits par trois années de conflit, pressent l’Europe de se préparer à une future guerre des drones” in Le Figaro, 6/8/2025, p. 2-3.

[9] La guerre hybride menée par Poutine comporte notamment selon l’OTAN les atteintes à la cybersécurité, le sabotage, la désinformation, l’ingérence politique et la déstabilisation économique.


Ganz ohne Frage, der Krieg mit Drohnen verändert wieder einmal die bestehende Kriegsführung. Allerdings ist es noch zu früh, um daraus gültige Schlussfolgerungen ziehen zu können. Insbesondere weil beide Kriegsparteien keinen guten militärischen Ruf genießen und wir zudem davon ausgehen müssen, dass die „erste Bundesliga“ ganz anders spielt.

Spannend ist es dennoch mit anzuschauen, wie mit den Drohneneinsätzen teilweise Konzepte aus den 1980er-Jahren Anwendung finden und wir diese damit nun etwas validieren können.

Spannend auch, dass weiterhin Geländegewinne nur durch die Infanterie erzielt werden können. Noch spannender, dass man bei der notwendigen Zusammenarbeit zwischen Infanterie und Drohnen nicht einmal ansatzweise erkennbar die bereits seit Jahrzehnten bekannten notwendigen Schlussfolgerungen gezogen hat, was wiederum nicht für beide Kriegsparteien spricht.

Auf alle Fälle bleibt es weiterhin spannend und ich bin schon jetzt sehr gespannt darauf, was für Schlussfolgerungen die heutigen oder gar morgigen Profis einmal ziehen werden.

Der beste Lehrmeister bleibt weiterhin die eigene Niederlage.


Lesezeichen

Will Europe Wag Its Tail? 5 (1)

Beitragsfoto: Lesezeichen | © kertlis von Getty Images

Jean Marsia | Visegrad Insight

Trump and Putin Call the Shots. Will Europe Wag Its Tail? – OPINION (zuletzt aufgerufen am 31.10.2025, 17.00 Uhr)

Jean Marsia schreibt in einem Gastbeitrag das Folgende:

„Why we must pull ourselves together – now.

Europeans have been far too polite for far too long. At Turnberry, Ursula von der Leyen played the courteous guest while Donald Trump slapped on tariffs and pocketed promises of energy and arms contracts. Washington and Moscow now chat over Ukraine’s fate as if Europe is a side dish. Our only escape is a Federation that can say no, spend smart and act like a power rather than a pawn.

Russian fighter jets and drones have violated the airspace of European states with increasing frequency this summer. These incidents raise the question of whether the European Union (EU) and the North Atlantic Treaty Organisation (NATO) can deal with the intensification of the hybrid war that Vladimir Putin, Russia’s president, has been waging against us since 2007. He is no longer content with manipulating public opinion and disrupting electoral and decision-making processes; he is testing the military capabilities of European NATO countries. ‘We are not at war, but we are no longer at peace either’, said the German Chancellor Friedrich Merz in Düsseldorf on 29 September 2025.

Yet, Europe’s impotence and lack of relevance are evident everywhere: from our eastern flank to the Mediterranean to the Israel-Palestine conflict. Europe was also absent during the signing of the peace agreements between Rwanda and the Democratic Republic of Congo, as well as between Armenia and Azerbaijan, at the White House. The only exception to this is Ursula von der Leyen’s support of Ukraine at the Washington summit, alongside five European leaders.

Failure to recognise the realities across two dimensions – geopolitical and economic – has humiliated the leaders of the ‘core’ EU member states and the European Commission (EC) in particular, harming Europeans and European exporters in particular, in the process.

The monkey on our back

Our primary weakness is our inability to build a fully independent and resilient defence posture since Russia’s first hybrid attacks on Europe in 2007. The war in Ukraine has further exposed how much Europe’s defence depends on the United States (US), even though the share of its overall defence spending allocated to the protection of Europe is very small, ranging between four and 15 per cent. The recent Interim National Defence Strategic Guidance document reveals that the US is more concerned with the potential conflict with the People’s Republic of China (PRC) over the fate of Taiwan. It is thus a big question whether the US would ensure full nuclear deterrence to Europe and comply with NATO’s Article V in the event of a Russian attack.

The rhetoric at this June’s NATO summit in The Hague confirmed the fears. The allies agreed to US President Donald Trump’s request to allocate five per cent of their GDP to their security and defence.

A storm brewing on the horizon

This, however, will not deter Putin from testing the strength of the Atlantic Alliance in the years to come, because the rise in our defence spending mainly increases the waste and boosts imports of American systems, which harms our economy. According to several European intelligence services, if Putin were to be victorious in Ukraine, he would then proceed with annexing Transnistria, Moldova and Belarus before eventually cutting off the Baltic states from Europe.

Russia is testing our defences a little more every day. On the night of 10 September 2025, at least 19 Russian drones entered Polish airspace. Only three were shot down, which shows the weakness of Europe’s air and missile defences. Poland requested the activation of Article IV of the NATO Treaty, which provides for consultations between allies in the event of a threat to one of its members, rather than Article V, which Ukraine considered a sign of weakness

Other, more ambitious scenarios are also possible. In his book ‘Who Will Defend Europe? An Awakened Russia and a Sleeping Continent’, Keir Giles describes a children’s map found for sale in Moscow, which shows the ‘Russian motherland’ as including much of Eastern Europe – Ukraine, Belarus, the Baltic states, Central Asia, and even parts of Poland and Finland. Putin has repeatedly stated that he aims to restore Russia’s zone of influence, which was previously part of the Soviet Union.

It’s the economy, stupid

The second factor of weakness is that of our economy. A year after the September 2024 report on European competitiveness by Mario Draghi, former president of the European Central Bank, which warned of the economic stall vis-à-vis the US and China, and which formulated 170 proposals to revive Europe, only ten per cent of these have been implemented.

Like Draghi, let us note that the EU’s economic weight does not give it geopolitical power, despite its 450 million consumers. The EU, once described as a geopolitical dwarf but an economic giant, is now nothing more than a giant with feet of clay.

A Europe flouted

At the G7 summit, held in Canada, from 15 to 17 June 2025, the leaders of the main EU member states and Trump clashed over Ukraine and a minimum tax on the profits of US multinationals.

Shortly after, Europe suffered its first unequal treaty, akin to the Treaty of Nanking inflicted on China in 1842. Unlike in the 19th century China, however, von der Leyen met Donald Trump freely at Turnberry, Scotland, on 27 July to appease him and to protect the EU’s largest exporters, Germany and Italy. She disdained our will for strategic autonomy and for fighting against climate change, instead accepting a 15 per cent increase in customs duties on European exports and a removal of such on imports from the US.

Von der Leyen also gave up on taxing its digital services sector. She did not activate the anti-coercion instrument, which would have allowed us to penalise our ‘allies’ across the Atlantic. Without having the slightest competence, mandate or budget to do so, Ursula von der Leyen pledged to invest 600 billion US dollars in America, to buy 750 billion dollars worth of hydrocarbons in three years and ‘hundreds’, according to Donald Trump, of billions of dollars in armaments.

The new paper tiger

The arguments used by the president of the EC to justify her position in Turnberry were the stability and predictability of our transatlantic trade. Yet, both lost their relevance within a few weeks. Donald Trump threatens new tariffs on the EU if it dares to tax American digital services and/or dismantle its regulations in this area.

On 5 September 2025, the EC fined Google 2.95 billion euros for violating European competition rules with its advertising technologies. The Commission has ruled that since 2014, ‘Google has acted to favour its own online display advertising technology services to the detriment of competing advertising technology service providers, advertisers and online publishers’. The EC has ordered the company to end its self-referencing practices and to end its conflicts of interest in the context of advertising technology. At the time of writing, Google still has time to inform Brussels of the remedies it would propose.

Nevertheless, the EC should have directly confronted the Trump administration, which only understands the balance of power, even if it meant enduring a few difficult weeks. This is what China has done, with success. It is to be hoped that the European Parliament will refuse to implement this unequal Turnberry agreement as it stands. Immediately after von der Leyen’s State of the Union address, many from the liberal/centrist (Renew), social-democratic (S&D), and green (Greens) political groups in the European Parliament spoke out in this vein, as did the representatives of the more left- and right-wing groups in the hemicycle.

A Europe ignored, then robbed

During the meeting between Trump and Putin near Anchorage, Alaska, on 15 August, the Russian dictator, who has since been particularly ungrateful, was welcomed on the red carpet and with demonstrations of friendship. Continental Europeans have been treated as if they were at Yalta: the future of the conflict in Ukraine is envisaged without them, and the partition of Ukraine that is being prepared resembles that of Germany in 1945.

On 18 August, a delegation of heads of state and government escorted Volodymyr Zelensky to the White House. The exaggerated flattery of the Europeans and the spectacle staged for American television channels, in which Donald Trump behaved like an emperor receiving his vassals, has made teeth grind. In exchange, the Europeans only obtained vague promises from Donald Trump of American support for the troops they could deploy on the ground after a ceasefire in Ukraine. The bill is heavy: military aid to Kyiv, totalling nearly 100 billion euros of American armaments, will be entirely at the expense of the Europeans, who will also have to pay a 10 per cent surcharge!

Perilous future ahead

Since the year 2000, our leaders have clearly taken Europe out of the group of powers that make history. Its marginalisation is patent: fragmented, sparsely populated, because Europeans make up only 5 per cent of the world’s population, its economy is lagging behind the US and China. Under these conditions, Europe’s strategic autonomy is a chimaera. Never before has the fact that Europe is not yet a Federation cost us so much.

By vassalising us, policymakers prevent Europeans from mastering our destiny. They put us at risk of recession and aggression. Their disunity and the lack of a credible European defence make them almost insignificant on the international stage, even in trade matters. Europe is nothing more than a prey for the imperialist powers that seek to dominate the world and destabilise our democracies, particularly by interfering in our electoral processes.

The USA, under Trump, is no longer reliable

Europeans, even those who had blind and long faith in NATO, are gradually waking up to the risk posed by the second Trump administration. It is not fulfilling its obligations under the 1994 Budapest Memorandum, by which the Americans, and others, including Russia, ‘guaranteed’ Ukraine’s territorial integrity. The Administration may decide to relinquish its duties under the North Atlantic Treaty and withdraw US forces from the European continent, just as it happened in Afghanistan, because it shows deep contempt for its long-standing allies, both in Europe and in the Indo-Pacific.

The US is risking losing its allies and having to face in isolation a bloc that challenges its hegemony, composed at least of China, Russia, Iran and North Korea, but which will undoubtedly be much larger, because China has woven a global network. It has become unreasonable to rely on NATO, that is, on the US, led by Donald Trump, especially since the Alliance has failed for seventy-five years to make the defence spending of European states more efficient.

The looming threat of China

The EU’s trade deficit with China has doubled in five years. After flooding our markets with consumer goods and plundering our technologies, it is overtaking Europe in terms of innovation. Products that will no longer find a market in the US will be offered to us at low prices, and we will be obliged to buy them, because we absolutely need rare earths – materials that are essential for many advanced technologies, the production of which is now de facto monopolised by China.

Don’t get lost in a cul-de-sac!

Despite having 1.5 million active military personnel and high-performing defence industries, which would be enough to build a force capable of deterring any possible aggressor, European political leaders only propose submission to America, at a high price.

Nearly half of the aeroplanes, missiles and armoured vehicles that equip armies in Europe come from across the Atlantic. Others come from South Korea, Brazil, Israel or Turkey. This is because these politicians generally consider only their personal and partisan interests in the short term. Some, more altruistic or more sensitive to lobbying, take their national interests into account. In the middle powers, the most ambitious dream is to lead inside Europe. Those who care about the interests of Europeans can be counted on the fingers of one hand. The lack of real unity is evident at every meeting of European leaders; the family photo is deceptive.

In its current institutional configuration, Europe is not in a position to put in place effective diplomacy and deterrence. This should include a complete and legitimate politico-military chain of command, as well as an autonomous intelligence service. It would be foolish to follow certain European politicians and diplomats who want to commit us once again to the path of an intergovernmental ‘European’ defence, because they reject the federation announced on 9 May 1950 by Robert Schuman.

These irresponsible people seem confused enough to draft a European Defence Union on the basis of various provisions of the treaties and EU law, which would require a very unlikely, unanimous decision by the European Council to enter into force. Europe, if it proves them right, would once again take the path that, since 1954, has repeatedly proven to be a dead end.

What must be done after Copenhagen

EU leaders met on 1 October in Copenhagen to discuss how to strengthen Europe’s common defence, governance and support for Ukraine. They are unaware of the urgency, as they have set 2030 as their deadline. It seems doubtful that Putin would wait until he is seventy-eight years old to act.

The president of the EC would like Europe to be able to detect foreign incursions and intercept threats, ranging from simple jamming to the destruction of drones. She proposed to task the EU to set up an anti-drone wall, an eastern-flank surveillance network, an air-defence shield and a space-defence shield. In response, France, Italy and Germany recalled that she has no competence in the field of defence: this task falls to NATO, not the EU – which is currently unable to even agree on who is responsible for Europe’s military build-up, the financing of Ukraine’s resistance and its accession to the EU.

The very high number of participants in EU meetings obviously does not help to put the European common good before the interests of the member states. Yet this would be essential for Europe to exist geopolitically in an increasingly hostile world.

Time will show who is the real paper tiger

On 2 October, Putin accused the Europeans of fuelling the ‘conflict’ in Ukraine, preventing its resolution and promoting constant escalation, saying he was also attentive to the militarisation of Europe. He said he does not accept Germany’s assertion that its army should once again be the most powerful in Europe. On 7 October, Putin refused to compromise to end the war, although he occupies only 19.05 per cent of Ukraine; Ukraine has lost only 0.53 per cent of its territory in 2025.

Still, NATO believes that it is ready to defend itself against future Russian incursions involving missiles, aircraft or any other means, but is this true? According to Ben Hodges, former commander of the US Army in Europe, NATO is not prepared to deal with daily strikes by hundreds of Russian drones. In July, NATO’s secretary general estimated that the Alliance must quadruple its air and missile defences. Since NATO member states decide individually on their acquisitions, how will the new systems be integrated into a common defence?

Decades of rejection of the federation of Europe and neglect of defence explain why we have sunk so low. This must be fixed before it’s too late. Let us hope that a new generation of statesmen and women will pull us out of the disaster we are facing.

Federalisation is the recipe for Europe’s strategic autonomy

Our strategic autonomy cannot be achieved through NATO-type cooperation, or through EU integration, or through a confederation, because the latter either turns into a federation or dissolves.

The Swiss Confederation, founded in 1291, became a federal government in 1848 after the Sonderbund Civil War. In Federalist Paper No. 20, of 11 December 1787, James Madison described the calamitous confederal organisation of the seven ‘United Provinces’ of the Northern Netherlands in the 18th century. The United States of America replaced the Articles of Confederation of 1776 with the federal constitution of 1787, having experienced inadequate governance during the War of Independence. Germany became a federal state in 1949, having finally learned the lessons of its past. As for the Commonwealth of Independent States, conceived by Mikhail Gorbachev in 1990 to succeed the Union of Soviet Socialist Republics, it very quickly malfunctioned and then collapsed.

Only a federation could give us strategic autonomy.

By federating, Europe could still change the course of history. It would cease to be the vassal of the US, and it would empower us to command respect from China. Thus, a vanguard of willing member states should launch a federal core encompassing foreign policy, defence, migration and taxation.

Looking ahead

The indignation of European citizens in Ursula von der Leyen’s position in Turnberry should lead to a movement towards a federal Europe, so that Europe can exist geopolitically in an increasingly hostile world. Some states, members of the EU and NATO, could start to put an end to the vassalisation of Europe. As with the Schengen area or the eurozone, this coalition of willing states would expand. Such a European state, governed by a federal constitution, should put an end to the duplication of military capabilities that mobilise resources that could be pooled to fill our defence gaps. This requires the drafting and adoption of a federal constitution by an elected European Assembly, which could be composed of certain members of the European Parliament*.

* The European Society for Defence INPA (S€D) continues its efforts to identify and support the first government to be persuaded to initiate the federative process.”


Jean Marsia schrieb bereits hier als Gastblogger und ist zudem jahrelanger Teilnehmer der Hertensteiner Gespräche. Er ist meinungsstark und streitbar.