Face aux menaces, les dirigeants européens restent déboussolés

Beitragsfoto: Flagge des Europarats und der EU | © Pixabay

En août 2022, le dernier militaire français a quitté le Mali, un an après le départ du dernier soldat américain de Kaboul. Heureusement pour l’Occident, l’armée ukrainienne tient bon, car Poutine et Erdogan restent menaçants, et les dirigeants européens ne sont pas à la hauteur.

En Ukraine, la victoire-éclair de Poutine se transforme pour lui en cauchemar

Selon le chef d’état-major des armées britanniques, mi-juillet, 50.000 soldats russes avaient été tués ou blessés dans ce conflit, près de 1.700 chars et 4.000 blindés russes avaient été détruits.[1]

Dans la région de Kharkiv, les Ukrainiens ont été en partie repoussés par les Russes début août,[2] mais le 6 septembre, ils ont avancé de 15 km vers l’est et pris Balaklija, ils pourraient atteindre Koupiansk et Izium, couper le ravitaillement des troupes qui attaquent le Donbass par le nord.[3]

Au Donbass, la perte de Severodonetsk et Lysychansk, fin juillet, n’est pas catastrophique pour l’Ukraine : depuis les Russes n’ont avancé que de 10 km vers Bakhmut. L’armée russe n’a pas pu détruire la vingtaine de brigades ukrainiennes engagées. Après avoir infligé aux troupes d’assaut russes un maximum de dommages, elles se sont repliées sur une solide ligne défensive. La province de Donetsk est beaucoup mieux reliée au reste de l’Ukraine que la province de Louhansk. Bien approvisionnés et soutenus par l’artillerie à longue portée fournie par les Occidentaux, les Ukrainiens ont stabilisé ce front.

Plus de cinquante pays fournissent des équipements militaires à l’Ukraine. L’aide militaire américaine à l’Ukraine depuis le 24 février se monte à 9,8 milliards $, deux fois le budget ukrainien 2021 de la Défense. Le Royaume-Uni a affecté plus de 2,3 milliards £ et 1.050 militaires à la formation et à l’équipement de 10.000 soldats ukrainiens.[4] Les lance-roquettes multiples occidentaux et les obusiers de 155 mm, avec leurs obus guidés par GPS, permettent des frappes de précision, jusqu’à 80 km de la ligne de contact pour les premiers et 40 km pour les seconds.[5] Ils ont rendu vulnérables de nombreux dépôts de munitions et postes de commandement russes. L’île aux Serpents (Zmiïnyï) est devenue intenable par les Russes, ce qui a contribué, en juillet, au rétablissement partiel de la liberté de navigation depuis les ports ukrainiens vers la Méditerranée. L’exportation des denrées agricoles a repris.

En Russie, les forces spéciales ukrainiennes, épaulées par des opposants russes, font sauter des ponts. Les trains y déraillent plus fréquemment que les années passées. Dans la zone occupée, des dizaines attentats visent des autorités russes ou des collaborateurs.[6]

Au sud, les Ukrainiens repoussent vers le Dniepr les 20.000 soldats russes qui sont à l’ouest du fleuve. Après les frappes d’août sur la base navale de Sébastopol et la base aérienne de Saky,[7] la flotte et l’aviation russes ont quitté la Crimée.

L’armée russe sait encore organiser de grandes manœuvres multinationales, pour montrer que la Russie est politiquement proche de la Chine, de l’Inde, de la Biélorussie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. En Sibérie orientale, en Extrême-Orient ainsi qu’en mer du Japon, “Vostok (Est) 2022” met en œuvre plus de 50.000 soldats, 5.000 véhicules militaires, 140 avions de combat et 60 navires de guerre.[8] Mais l’armée russe renâcle à participer à « l’opération spéciale ».

La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, est depuis mars occupée illégalement par les forces russes, eu égard au protocole additionnel n°1 de 1977 des conventions de Genève de 1949. Cette centrale reste exploitée par du personnel ukrainien. Elle est régulièrement bombardée, par les Russes et / ou par les Ukrainiens, pour des motifs divers. Le directeur général et des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont pu s’y rendre début septembre pour évaluer le risque de fusion de réacteur et de radiation. Le secrétaire-général de l’ONU a demandé de démilitariser la zone autour de la centrale.

La Russie réduit ses livraisons de gaz naturel à l’UE en représailles aux mesures hostiles prises par celle-ci, ce qui renforce l’inflation et la probabilité de récession en Europe. Du côté russe, les sanctions gênent l’importation de biens de haute technologie, comme les composants électroniques, les cartes SIM, les produits pharmaceutiques, les machines, etc., ce qui réduit l’activité de secteurs comme l’agriculture, l’aérospatial, l’exploitation pétrolière et gazière, les technologies de l’information. Cela incite le personnel qualifié de ces secteurs à émigrer. Cela handicape aussi la production russe d’armement de précision.

Comme Poutine depuis 2007, Erdogan se croit à présent tout permis

Le 29 juin 2022, Erdogan a exigé que la Suède extrade 73 Kurdes et des partisans de M. Gülen, avant qu’il ne soumette à ratification l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, alors que les dirigeants finlandais et suédois ont seulement promis de ne pas soutenir les mouvements de résistance kurdes, ni les partisans de M. Gülen. Erdogan a demandé aux États-Unis d’Amérique de lui fournir 40 chasseurs F-16 de dernière génération, ainsi que la modernisation de ses 80 F-16.[9] Dès le lendemain, M. Biden a promis de tout faire pour favoriser cette vente, tout en rappelant qu’il a besoin de l’approbation du Congrès pour ce faire. Cet empressement incite Erdogan à se croire tout permis.

Alors que les États membres de l’ONU doivent coopérer aux inspections de contrôle de l’embargo sur l’envoi d’armes vers la Libye décidé par le Conseil de Sécurité, l’opération de l’UE, le 14 juillet, n’a pas été autorisée à inspecter un porte-container turc. C’est la huitième fois que cela se passe, mais il n’y a pas de sanction. Le 3 septembre, Erdogan a menacé la Grèce, si elle continue à harceler les avions turcs au-dessus de la mer Égée, de payer un prix élevé, rappelant la défaite grecque de 1922, selon une vidéo mise en ligne par TRT World.[10] Le Haut représentant de l’UE (HR) s’est borné à demander que les différends soient réglés de manière pacifique,[11] mais il s’est montré depuis 2019 incapable de régler ainsi le conflit d’intérêt entre la Grèce, Chypre et la Turquie. Celle-ci conteste le traité de Lausanne du 24 juillet 1923, qui a remplacé le traité de Sèvres de 1920, qui réglait le sort de l’empire ottoman. Par suite de la défaite grecque de 1922, le traité de Lausanne a été très avantageux pour la Turquie et très défavorable à la Grèce et à l’Arménie, mais il a maintenu dans la Grèce la plupart des îles de la mer Égée, restreignant ainsi fortement le domaine maritime turc. En 1974, à la suite d’un coup d’état à Chypre, l’armée turque a envahi le nord de l’île. En 1983, la Turquie a suscité la création de la république turque de Chypre du Nord, mais elle n’a pu la faire reconnaître internationalement. La découverte d’importantes réserves de pétrole de gaz en Méditerranée orientale exacerbe évidemment les conflits d’intérêts.

L’Europe de la défense de M. Macron est un leurre, …

Le 14 juillet 2022, à Paris, pour illustrer sa conception de l’Europe de la défense, M. Macron a fait participer l’escadron franco-allemand d’Évreux au défilé aérien. Il a prouvé une fois de plus qu’il n’a rien compris : une initiative franco-allemande n’est pas européenne, mais binationale. Cette escadrille ne met pas en œuvre des Airbus A400-M, mais des C130-J américains ! Elle ne comporte qu’un appareil allemand, qui n’a guère volé jusqu’à présent. M. Macron devrait réaliser que la France est seulement capable d’engager 15.000 soldats, soit deux brigades ou six régiments, 45 avions de combat et, de temps à autre, son unique porte-avions. Ses stocks, notamment de munitions, ne dépassent pas deux semaines de consommation en conflit de haute intensité. Faute de chaînes médicale et logistique, elle ne pourrait pas évacuer et soigner de nombreux soldats blessés, ni réparer rapidement une grande quantité d’équipements endommagés. Leur remplacement ne pourrait se faire qu’au compte-gouttes.[12] M. Macron est donc incapable de remplir sa responsabilité de chef des armées : maintenir la France et les Français en paix. Au lieu de sous-traiter cette mission aux Américains, il devrait œuvrer à la constitution de forces armées fédérales européennes, ce qui suppose un État fédéral européen.

… M. Scholz révèle sa faiblesse

Le 21 juin, l’Allemagne a fourni 7 obusiers Panzerhaubitze 2000 à l’Ukraine. En juillet-août, 15 blindés antiaériens Guépard, 54 véhicules blindés de transport de troupes M113, des lance-roquettes antichars, 14.900 mines antichars, 3.200 missiles antiaériens, ainsi que des pièces de rechange pour MiG-29 ont suivi. Les autres livraisons d’armes à l’Ukraine annoncées par M. Scholz sont retardées jusqu’en novembre ou décembre, par l’état pitoyable du matériel en dépôt et par les longs délais de production des matériels neufs. La lecture du rapport sur l’état de l’armement de la Bundeswehr publié le 29 juin[13] est atterrante. D’abord par le non-dit. La disponibilité des matériels n’est pas mentionnée, sauf pour certains, comme l’hélicoptère NH90 de l’Armée de terre : elle n’est pas suffisante pour couvrir les besoins opérationnels, car le soutien industriel ne permet pas de réaliser les inspections prévues ; les délais de livraison des pièces de rechange et des ensembles réparés sont excessifs.[14] Le retard de livraison des hélicoptères neufs est estimé à 134 mois. Les NH90 « Search & Rescue » de la Marine ont été mis en service six mois après leur livraison, leur disponibilité est insuffisante, de même que celle des hélicoptères d’attaque Tigre d’Airbus Helicopters. Les hélicoptères prévus pour la guerre sous-marine et de surface n’arriveront pas avant 2025. Le désastre s’étale sur des pages et des pages, tous les types de matériel, terrestre, aérien ou naval sont visés.

Le rapport mentionne qu’en 2021, sur les 10,3 milliards € prévus pour les investissements en matière d’armement, seuls 9,3 milliards € ont été dépensés ! Comment la Bundeswehr va-t-elle investir les 100 milliards € prévus en plus du budget ordinaire 2022 ? Sans doute en important du matériel américain, comme des avions de combat F-35, ce qui diminuera d’autant le produit intérieur brut. Celui-ci pâtit de l’arrêt des usines grosses consommatrices d’énergie, telles celles d’Arcelor-Mittal à Brème, Hambourg, Duisburg et Eisenhüttenstadt.[15] Nous allons donc importer de l’acier chinois ou indien produit avec de l’énergie russe bon marché. Nos dirigeants détruisent l’Europe, son industrie, sa monnaie, par refus de l’union politique. Ils prennent des mesures budgétaires, mènent une politique énergétique, ou contrôlent certains prix pour freiner l’inflation, sans coordination. Cela fait diverger les taux d’intérêt des dettes publiques, ce qui fragilise l’€.

Le 29 août, lors du sommet germano-tchèque, M. Scholz s’est rendu à l’université Charles de Prague, où il a proposé[16] une Europe plus forte, plus souveraine et géopolitique, capable de sauvegarder sa sécurité, son indépendance et sa stabilité, mais les mesures qu’il a proposées sont inadéquates pour obtenir ce résultat ou sont chimériques. Ni un Conseil des ministres de la défense, ni un renforcement de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement et de la Military Planning and Conduct Capability de l’UE, ni le soutien à la proposition de M. Macron d’une communauté géopolitique européenne, ne vont créer les capacités militaires dont l’Europe a besoin pour dissuader les agressions et se faire respecter sur la scène internationale.

L’activation de l’article 44 du traité sur l’UE, la modification des traités européens, notamment pour passer au vote à la majorité au Conseil, l’élargissement de l’UE à l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et les Balkans occidentaux, requièrent l’unanimité du Conseil européen, ce qui n’est pas pour demain.

L’intensification de la coopération en vue de la production en commun des armements est une mauvaise plaisanterie : l’Allemagne a fait échouer tous les projets proposés par la France depuis 2007. La révision des réglementations nationales relatives à l’exportation de systèmes fabriqués en commun en est une autre : l’Allemagne ne respecte ni les règles de l’UE, ni les accords franco-allemands en la matière.

Sa proposition de grouper autour de l’Allemagne la Pologne, les États baltes, les Pays-Bas, la République tchèque, la Slovaquie et les États scandinaves, pour mettre en place une défense antiaérienne et les constellations de satellites est fort vague, mais elle rejoint son annonce que l’Allemagne veut unir le centre du continent, ce qui marginalise la France, l’Espagne, l’Italie, le BENELUX, …

Par contre, M. Scholz a eu raison de dire : « L’Europe est notre avenir. Et cet avenir est entre nos mains. ». Il a évoqué les courageux étudiants de l’université Charles qui, le soir du 17 novembre 1989, ont lancé la Révolution de velours en constatant : « Quand, si ce n’est pas maintenant ? Qui, si ce n’est nous ? ». C’est ce que les Européens devraient se dire et initier enfin le mouvement qui est nécessaire pour fonder les États-Unis d’Europe !


[1] Voir sn, “Hohe Energiepreise: ArcelorMittal stellt zwei Anlagen in Deutschland ab” in Arcelor Mittal Deutschland, https://germany.arcelormittal.com/icc/arcelor/broker.jsp?uMen=7a770135-5051-5e71-9945-be470aa06ac3&uCon=b611ba70-782e-2810-a61e-481f0ad3a7b3&uTem=aaaaaaaa-aaaa-aaaa-aaaa-000000000042, 2/9/2022.

[2] Voir Rede des Bundeskanzlers der Bundesrepublik Deutschland Olaf Scholz, MdB an der Karls-Universität zu Prag „Europa ist unsere Zukunft“ 29. August 2022, https://prag.diplo.de/blob/2548770/aa853bd8c840231dc339791aee865c6a/bk-scholz-europarede-pdf-data.pdf.

[3] Voir EEAS Press Team, Turkey: Statement by the Spokesperson on remarks by the President against Greece, https://www.eeas.europa.eu/eeas/turkey-statement-spokesperson-remarks-president-against-greece_en; 05/09/2022.

[4] Voir Michel Goya, “Vers une guerre de corsaires en Ukraine ?’ in La Voie de l’épée, https://lavoiedelepee.blogspot.com, 10/8/2022.

[5] Voir Thomas Wiegold, “Der 15. Rüstungsbericht: Ein detaillierter Blick” in Augen geradeaus!, https://augengeradeaus.net/2022/07/der-15-ruestungsbericht-ein-detaillierter-blick/, 4/7/2022 et 15. Bericht des Bundesministeriums der Verteidigung zu Rüstungsangelegenheiten, https://www.bmvg.de/resource/blob/5456944/a2db4dc6bd4c5873113e39ad9292f269/20220629-download-15-bericht-des-bmvg-zu-ruestungsangelegenheiten-data.pdf, juin 2022.

[6] Tous les pays qui ont acheté ces appareils font semble-t-il les mêmes constatations. Le mode de gestion international de ce programme a conduit à un échec, tant pour le consortium NH Industries qui réunit Airbus Helicopters (62,5 %), Agusta-Westland (32 %) et Stork Fokker (5,5 %), que pour l’agence OTAN NAHEMA (NATO Helicopter Design and Development, Production and Logistics Management Organization).

[7] Samantha Lock, Dan Sabbagh , “Russian warplanes destroyed in Crimea airbase attack, satellite images show” in The Guardian, https://www.theguardian.com/world/2022/aug/11/russian-warplanes-destroyed-in-crimea-saky-airbase-attack-satellite-images-show, 11/8/2022.

[8] dpa/niz, “Russland beginnt großes Militärmanöver im Osten” in Frankfurter Allgemeine Zeitung, https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/russland-beginnt-grosses-militaermanoever-china-und-indien-beteiligt-18283513.html, 1/9/2022.

[9] Patrick Wintour,Erdoğan gains from lifting Sweden and Finland Nato veto with US fighter jet promise” in The Guardian, https://www.theguardian.com/world/2022/jun/29/erdogan-gains-from-lifting-sweden-and-finland-nato-veto-with-us-fighter-jet-promise, 29/6/2022.

[10] Voir TRT World, https://www.trtworld.com/video/social-videos/erdogan-to-greece-if-you-go-further-you-will-pay-a-heavy-price/63135d2adfcf4c0017524f83, sd.

[11] AFP, “Poutine en mauvaise santé ou menacé d’assassinat ? Le chef de l’armée britannique répond aux rumeurs” in La Libre, https://www.lalibre.be/international/europe/guerre-ukraine-russie/2022/07/17/poutine-en-mauvaise-sante-ou-menace-dassassinat-le-chef-de-larmee-britannique-repond-aux-rumeurs-J6DCEO3UIFDQDDYOSW7TVCLKSA/, 17/7/2022.

[12] Hans Petter Midttun, Morning report day 167 – August 9, https://mars-mercurius.eu/wp-content/uploads/2022/08/SitRep-09-Aug-2022-AM.pdf, 9/8/2022.

[13] Voir Emmanuel Grynszpan “Guerre en Ukraine : une contre-offensive ukrainienne bouscule les forces russes près de Kharkiv” in Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/08/guerre-en-ukraine-une-contre-offensive-ukrainienne-bouscule-les-forces-russes-pres-de-kharkiv_6140648_3210.html, 8/9/2022.

[14] Voir “Defence Secretary Ben Wallace visits Armed Forces of Ukraine as training programme starts across the UK” in GOV.UK, https://www.gov.uk/government/news/defence-secretary-ben-wallace-visits-armed-forces-of-ukraine-as-training-programme-starts-across-the-uk, 9/7/2022.

[15] Voir Cédric Pietralunga, “Guerre en Ukraine : Washington amplifie son aide militaire et n’hésite plus à fournir de la technologie de pointe” in Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2022/08/10/ukraine-washington-amplifie-son-aide-militaire-et-n-hesite-plus-a-fournir-de-la-technologie-de-pointe_6137640_3210.html, 10/8/2022.

[16] Voir Michel Goya, “Vers une guerre de corsaires en Ukraine ?’ in La Voie de l’épée, https://lavoiedelepee.blogspot.com, 10/8/2022.


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